jeudi 6 janvier 2011

Monastère de Saint-Siméon ( Qala'at Samaan)

Nous voici transformé en pèlerins chrétiens pour l'après-midi!
Adel a tenu à nous faire marcher sur les pas des pèlerins, qui quittaient Deir Samaan à la file et gravissaient la colline menant au sanctuaire de Saint-Siméon.


Deir Samaan en contrebas, départ des Pèlerins.
Mais si vous êtes comme moi et que vous n'y connaissez "que dalle" côté "vie des saints",  vous êtes surement en train de vous demandez:

"Mais qui est donc Saint-Siméon?"

Ecoutez bien parce que son histoire vaut la peine d'être racontée.

Siméon (né en 390), avant d'être un saint, était un berger pieux qui décida très tôt d'adopter la vie monastique. À 15 ans il fait retraite et tend vers une austérité pour ne pas dire une mortification. Il choisi d'abord le monastère de Deir Sanaan, mais la vie au grand air lui manque. Il fait parti de ces croyants pour qui l'illumination de Dieu ne vient que si l'on renonce à tout ce qu'on peut renoncer. Il se met donc à prêcher à l'air libre, sur une colline d'abord. Puis sa réputation grandissant de plus en plus, et cherchant à prêcher tout en s'isolant toujours plus des contraintes terrestres et de la foule, on lui construit une colonne de 3 m de haut, sur laquelle il prêche désormais. Puis la colonne grandit et finit par faire 18 mètres de haut, sur laquelle il est agenouillé jour et nuit: aucune autre position n'était possible. Il descend rarement de sa colonne, s'alimente peu, vit une vie de privation. Il serait mort à 69 ans et aurait médité sur sa colonne pendant 40 ans. On aurait constaté sa mort que 2 jours plus tard...

Saint Siméon est l'auteur d'un mouvement chez les ascètes:
le stylite.
Stylite vient du mot "stylos", mot grec qui signifie "colonne".
Jolie carrière que celle de stylite!

Nous et la fameuse colonne... enfin ce qu'il en reste!
Après la mort de Saint Siméon, la foule continuant de se rendre sur la colline où il prêchait, on décida d'édifier un monastère. La première pierre est posée en 459 par l'empereur Zeno lui-même.



Il reste peu de chose de la colonne, les fans de saint Siméon ayant pris soin de ramener des pierres de la colonne en souvenir. C'était la mode à l'époque!

Quand à l'église basilicale, elle était le plus grand édifice religieux de son époque, jusqu'à l'édification de Sainte-Sophie à Istanbul, en 532. Et nombreux étaient les croyant à faire le pèlerinage pour voir la colonne du saint, ou se faire baptiser (l'édit de Milan autorisant le chrisianisme a lieu en 313, nous sommes dans les débuts). Malheureusement, elle ne subira pas le sort de Sainte-Sophie qui fût transformé en mosquée. Le lieu, une fois dévasté et une fois les frontières refaites,  n'avait plus aucun intérêts. Néanmoins, les pèlerinages durèrent jusqu'à Xe siècle.

Donc aujourd'hui, nous visitons les ruines de ce monastère autrefois vénéré et très visité, et apprécions particulièrement la quiétude et la sérénité du lieu!
Et la vue!

Les oliviers et, au loin, la Turquie


Nous avions le site pratiquement à nous tout seul. Un seul car d'allemands était présent, et Adel a le timing:
il a profité qu'ils soient tous en train de dîner pour nous guider à travers les ruines!

Entrée de la basilique
Le profile de la basilique
Toujours la basilique
Le moignon de la colonne

Les colonnes, la vue, l'ancien nymphée

L'abside en "cul de four"


Un chrisme, symbole adopté par le christianisme dès Constantin, mais qui existait déjà chez les grecs païens

Nous avons appris qu'au début du christianisme, seul les gens baptisés avaient le droit d'entrée dans une église. Et pour être baptisé, il fallait suivre les enseignements, assister aux prêches, mais depuis le nymphée, un porche se trouvait devant la porte ouest, face à l'abside cette dernière étant toujours orientée vers l'est. Le nymphée (qui a été détruit lors d'un tremblement de terre et reconstruit devant la porte sud) accueillait donc les non-baptisés qui apprenaient, petit à petit, à être chrétien. Mais on ne pouvait pas recevoir le baptême n'importe quand. Quelques journées seulement dans l'année étaient réservés au baptême, et le jour du pèlerinage de Saint Siméon en était un. Les gens, en plus de venir voir la fameuse colonne, venaient se faire baptiser en masse! Pour cette raison, un baptistère très astucieux a été construit pour le baptème à la chaîne!

Le baptistère

Nous avons encore une fois passée une superbe journée de découvertes sur les routes de Syrie!

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